Pourquoi j’ai raté mon thiep jén de décembre

thitp jén

Plat de thiep jén blanc (Crédit photo: Roger Lasmothey)

En ces moments de fêtes de fin d’année, je pense en amateur de riz donc je suis thiep jén. Véritablement, cela me donne de l’eau à la bouche quand je repense à ce plat national sénégalais qu’ « on » m’a fait rater!

Je connais Dakar, ma première visite y remonte à deux décennies. Baal ma, ma ngui fi Lomé waay maa ngi dég tuuti wolof ¹ ! À l’époque, j’avais eu droit à tout comme un petit prince. Hôtel cinq étoiles, visites à l’Assemblée nationale, au CICES, au Théâtre Sorano, dîner Chez Loutcha… et même un déjeuner de thiep jén sur la plage de Gorée. Fabuleux ! J’aime le riz, le blanc, au gras, le watché local (du riz à l’haricot) et surtout le thiep jén depuis lors ! Mais ici à Lomé, je n’ai pas souvent l’occasion d’en manger au « Restaurant sénégalais » du boulevard. C’est pourquoi à Dakar, je n’ai pas raté les savoureuses « occasions thiep » comme dans la cour de l’AUF ! Mais ce qui rend ce plat encore plus succulent, c’est de le manger à la main dans un grand plat avec une famille sénégalaise. Les dents disposant le tilapia citronné dans la bouche tandis que la langue coupe l’huile sur le poignet et que la sono déverse du mbalax dans le salon. C’est ça même un festin (à l’africaine) ! Et c’est à ce repas que j’aurai dû être encore dans ce mois de décembre, sans celui du « complot » préparé par mes propres frères… et sœur Togolais.
Ainsi, le jeudi d’avant la fin de la formation, le mondoblogeur Roger Mawulolo nous avait convié ses compatriotes, à venir déguster du bon thiep jén chez lui. Une occasion pour redécouvrir cette spécialité sénégalaise, mijotée par les mains expertes d’une jabar². Seulement, c’était sans compter que les miens allaient me danser en gweta, c’est-a-dire m’esquiveront, m’« oublieront » tout simplement. On peut oublier son portable, son portefeuille, voire son passeport… mais oublier d’informer un invité (qui en raffole) à un dîner de thiep, les gars et la go vous devez être décorés! Cela avait plutôt pris le goût d’une «conspiration.»
C’est vrai, je ne suis pas une armoire à glace, ni une étagère. Mais si vous m’oubliez, vous pouviez vous rappelez au moins les plastiques dont je parle et ramener mon thiep dans l’un d’eux, non ? Togotowo lé kou aŋō fifi ntō³! Je pouvais bien manger une fois dans l’année dans un take away, j’assume.
Il est aussi vrai qu’à Dakar, je n’étais pas toujours dans le groupe de mes compatriotes (comme mes cousins Haïtiens qui étaient constamment kolé-seré). Mais est-ce de ma faute, si la mixité était le but du jeu? Comme ce fut la faute à Voltaire, c’est la faute à Manon-Méli ou… Méli-Manon. C’est elles qui m’ont « mis » dans le lit superposé de la chambre d’abord avec le Librevillois Jeff et le Taïwanais, (Tahoua-nais) Habibou, puis après avec les faroteurs ivoiriens. « Coincé » que j’étais entre quatre voire cinq (quand un des frères Koné(s) venait chez l’autre) gaillards d’Abidjan. Déjà qu’à Lomé, la musique ivoirienne nous « colonise, » alors entre quatre Ivoiriens que pouvais-je voir ? Rien. J’étais leur « otage » consentant (car j’ai trop aimé leur compagnie et surtout nos discussions sur la vie, la musique, la culture, la politique de nos pays etc.). Donc, si mes « maîtres » ivoiriens sortaient pour faire les cent pas sur la Route des Niayes que pouvais-je faire d’autre que les suivre ?
Durant cette escapade nocturne, pendant que je brûlais mes derniers calories en peinant à suivre mes « matons» ivoiriens (ils m’offriront quand même du café touba et… de la pastèque !), j’étais à dix kilomètres d’imaginer que mes propres frères et sœur se léchaient les babines, les doigts tout en discutant des saveurs de la cuisine sénégalaise. Ils passaient de bons moments post-thiep jén, alors que moi j’étais à jeun. Selon mes sources, ces frères et sœur ont auraient pour nom : Aphtal, « Le Salaud lumineux (LSL), » Renaud, Arnaud, Guillaume, Gilbert et… Djifa !
De toute façon moi, je leur ai pardonné mais non sans la mise sur pied d’une mini-CVJR (Commission Vérité Justice Réconciliation), comme nous avons pris l’habitude chez nous. Roger Mawulolo en sera le « Monseigneur Barrigah », c’est-à-dire le Président pour leur retirer le tiep jén et la vérité de la bouche. Parce que les explications données plus tard dans un courriel par LSL pour justifier cet «oubli » n’ont pas convaincu même Pinocchio aux dernières nouvelles :

« On t’a vraiment oublié, c’est pas qu’on a vraiment fait ça exprès. On s’est souvenu de toi en taxis et on a fait, oh merde, essayez de le joindre. Et c’était mal barré… »

En attendant d’être prochainement à Dakar pour mon tiep, vous n’avez rien su ni rien lu. C’était bien une cuisine interne entre Togolais car c’est connu, le linge salé se lave en famille. Et donc, ce n’était exclusivement que dans le cadre de notre joyeuse famille nombreuse… Mondoblog. Bonne année 2016 à toutes et à tous !

1Excusez-moi, je parle un peu ouolof !

2Épouse, en ouolof.

3 Les Togolais sont devenus trop avares !

The following two tabs change content below.
aristideshonyiglo
J'ai longtemps travaillé comme journaliste dans plusieurs rédactions de presse écrite (Golf Info), de radio (Nostalgie, Légend FM) et d’agences, à Lomé.
aristideshonyiglo

Derniers articles pararistideshonyiglo (voir tous)

3 Commentaires

  1. Ton billet me met l’eau à la bouch ; les larmes aux yeux aussi : domage pour le tchèp djé, mais ce n’est que partie remise. Et puis, tu t’es consolé avec la compagnie des ivoiriens. N’est-ce pas ?

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *