Une larme pour mes chers arbres

Depuis 1977, chaque 1er juin au Togo est l’occasion de la célébration de la Journée nationale de l’Arbre. « Arbres, forêts et climat » était le thème choisi pour cette année.

Au Togo, la Journée nationale de l’Arbre est devenue une institution, un événement durant lequel, officiels, ministres, administratifs, et même officiers de l’armée plantent des arbres de différentes espèces, comme le Khaya senegalensis1. Des milliers d’arbres ont ainsi trouvé une place en terre cette journée. Merci. Et pourtant, j’ai un pincement au cœur, la larme à l’œil.

1er juin 2015, des officiels mettent des plants en terre dans la banlieue de Lomé (Crédit photo :

1er juin 2015, le ministre de l’environnement met un plant en terre dans la banlieue de Lomé (Crédit photo : fullnews.com)

Ce qui me chagrine, ce n’est pas le petit pourcentage du couvert végétal (7 % de la superficie du Togo). Ce n’est pas non plus l’état dans lequel ces jeunes plants végèteront avant de croître. Car après les solennités, il faut que ces pousses « luttent » pour survivre. Parfois, ils ont la chance d’être plantés au bord de beaux boulevards ou de belles avenues. Presque quotidiennement, ils sont arrosés par les agents de la Commune ou de la Direction de la protection des végétaux. Généralement, un treillage en bois ou en fer les soustrait d’éventuels bêtes errants. Sinon, devant la devanture d’une maison de banlieue, pour passer le 1er juin prochain, il faut avoir la baraka quand on est un arbuste pour résister au manque de soin, d’entretien, à l’insolation et aux assauts quasi quotidiens des ruminants.

Une « montagne de bois de chauffe » à Lomé (Photo : Lomeplastic)

Une « montagne de bois » de chauffe à Lomé (Photo : Lomeplastic)

Non, rien de tous ces faits ne m’émeut pas. Ce qui me trouble au point de laisser couler une larme pour mes chers arbres, c’est cette « montagne de bois » de chauffe que j’ai vue ce weekend. Alors que l’Arbre est célébrée cette semaine (jusqu’à la fin juillet), la vue de ce tableau m’a coupé le souffle. Il y a quelques années, adolescent, nous nous moquions de l’écologiste suisse Franz Weber qui venait pleurer à la télévision togolaise pour quelques singes abattus par les braconniers dans la réserve de faune de Fazao (300 kilomètres au nord de Lomé). Entre-temps, devenu militant écologiste, je comprends qu’on puisse pleurer pour des arbres et encore plus, pour des animaux.

Je ne nommerai pas le nom de la rue, ni n’indiquerai l’adresse de ce malheureux spectacle. Je n’ai aucun grief à l’encontre du propriétaire de cette « montagne de carbone » qu’il a bien fallu des années pour constituer. Peut-être que ces bois ont été acquis légalement à l’ODEF2, peut-être aussi qu’ils proviennent d’un terrain appartenant à leur propriétaire ou bien de l’abattage des arbres (que les entreprises BTP ont promis de replanter) sur les chantiers des routes en construction… Je n’ai pas voulu en savoir davantage. Tout ce que je sais, c’est que j’ai eu mal. Ce tableau de tas de fagots, de sacs de charbon de bois alignés, se voit plutôt le long des routes nationales. Maintenant, plus besoin de voyager à l’intérieur du pays. C’est en pleine ville qu’on le rencontre.

La facilité avec laquelle, on peut à l’aide d’une simple machette ou avec la terrible tronçonneuse, couper, découper, abattre des arbres décennaux voire séculaires. En même temps qu’on plante peu, on coupe plus. Dommage ! Pour faire de la cuisine qu’est-ce qui nous reste si la bouteille de gaz butane (12,5 litres) se raréfie, n’est plus subventionnée, et au prix de 6.500 francs CFA voire 7.500 francs CFA dans les circuits parallèles. Le bois de chauffe ? Quid des foyers améliorés3, de la production domestique du biogaz ? Quid aussi du reboisement ou du changement climatique ?

Selon le ministre de l’environnement et des ressources forestières, annuellement nous plantons 3.000 hectares d’arbres quand on en déboise 15.000 ! Et nous voulons atteindre 20 % en couvert végétal à l’horizon 2035. La tâche sera difficile à supporter, comme l’émotion qu’a suscitée la destruction récemment de la forêt classée de Bayomé (40 kilomètres au nord-ouest de Lomé) dans l’indifférence totale. Ni ministre, ni écologiste, ni activiste, personne n’avons eu mot à dire, n’avons pu empêcher ce crime contre la biodiversité. Car il n’y a pas d’autre mot pour qualifier ce suicide collectif. Je verse une larme pour mes chers arbres.

A.H

1 Khaya senegalensis : appelé Mahogen en éwé, arbre dont l’écorce est très utilisé dans la pharmacopée locale.

2 ODEF : Office de Développement des Forêts.

3 foyers améliorés : fourneaux écologiques, économiques en charbon de bois.

 

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J'ai longtemps travaillé comme journaliste dans plusieurs rédactions de presse écrite (Golf Info), de radio (Nostalgie, Légend FM) et d’agences, à Lomé.
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