Présidentielle togolaise : Faure Gnassinbgé se retire de la course

La rumeur a circulé toute la soirée de mardi dans les milieux diplomatiques et dans les QG des partis politiques mais personne n’en revenait. Sûrement que les nouvelles en provenance du Nigeria [l’annonce de la victoire du candidat de l’opposition Muhammadu Buhari] ont joué dans la prise de cette décision et par ailleurs noyé l’information. Contactés, certains responsables politiques ont jugé bon d’attendre les éditions des journaux de la nuit de la télévision publique (TVT) pour confirmer ou infirmer cette annonce. Mais aucune nouvelle n’a été diffusée à ce propos. Au contraire, ce sont les images des audiences du président de la République qui ont été abondamment servies aux téléspectateurs.

Ce n’est que tard dans la nuit que la nouvelle a été confirmée par un communiqué laconique de la présidence togolaise, relayée par son site gouvernemental officiel « republiqueoftogo.com » Selon ce communiqué, « le chef de l’Etat togolais, vu la situation préoccupante du pays, vu les cristallisations qui se font autour de sa personne et de son bilan qui ne satisfait pas une partie de la population; a décidé dans un sursaut patriotique de se retirer de l’élection présidentielle prévue pour le 25 mars 2015 » « afin de préserver la paix et l’unité du pays. » La nouvelle été accueillie par une clameur en sourdine par le peu de citoyens qui ont eu l’information en pleine nuit. Les appels téléphoniques des togolais du pays vers et entre ceux de la diaspora togolaise ont fusé de partout. Un chassé-croisé a alors suivi cette annonce dans les milieux des journalistes. Beaucoup d’entre eux qui disposaient de moyens de communications se sont rués sur leurs terminaux numériques dotés de connexion à Internet. On a même signalé dans le quartier Kégué (banlieue nord-est de Lomé) le cas d’un journaliste qui est allé réveiller le propriétaire d’un cybercafé au beau milieu de la nuit, pour acheter seulement 3 minutes de connexion internet afin de vérifier l’information ! Manque de veine, l’électricité a été coupée à cet instant précis et crucial ! La bande passante a ainsi été si sollicitée qu’elle s’est saturée dans un premier temps. Beaucoup ont alors craint de connaître les situations récentes de Kinshasa ou celles de 2005 au Togo [quand les communications téléphoniques et Internet ont été coupées au lendemain du scrutin présidentiel]. Un porte-parole du ministère des Télécommunications et de l’économie numérique a démenti cette information, expliquant que la saturation de la bande passante était dû au nombre exceptionnel d’utilisateurs qui se sont connectés simultanément. La connexion internet s’est rétablie peu après, avant de se normaliser  vers 2 heures du matin ce mercredi.

Selon des indiscrétions, une ambiance de fin de règne a plané sur le palais présidentiel où le président sortant est venu précipitamment dans la grande nuit pour faire sa déclaration de « retrait de la course de la présidentielle de 2015. » Son service de communication a été débordé par les sollicitations des appels de l’étranger, et qui voulaient s’assurer de la véracité de l’information. Plusieurs collaborateurs du chef de l’Etat étaient au bord de l’émotion. Certains auraient même versé des larmes, sans doute craignant pour leur avenir aux lendemains incertains. « Je me demande, si l’on a travaillé de façon honnête et loyale pour son pays au sein d’un cabinet, pourquoi doit-on craindre pour son avenir au remplacement de ce cabinet ? » s’est alors demandé un journaliste des médias officiels réquisitionnés pour immortaliser l’événement. A ce sujet, le président sortant Faure Gnassinbgé a eu un dernier aparté avec l’ensemble du personnel de la présidence qu’il a rassuré sur son avenir. Des informations ont alors fuité sur les réseaux sociaux notamment Facebook et Twitter utilisés majoritairement par les internautes togolais. Selon ces indiscrétions, Faure Gnassinbgé aurait conclu un accord secret avec les autres candidats de l’opposition afin qu’en cas d’accession d’un des leurs à la présidence, ce dernier veille à conserver ses anciens collaborateurs de la présidence avec « tous les avantages de logement VIP et de transport en l’occurrence, une Mercedes Maybach attribuée à chacun.» Cela rassurera certains courtisans du président qui légitimement auraient craint de faire les frais d’affectations punitives, comme il est courant dans les administrations publiques africaines. Ecartée donc la peur de se retrouver à Mandouri, à 700 kilomètres à l’extrême bout du pays pour le seul fait d’avoir travaillé avec le président sortant.

Selon le magazine en ligne skateafrik.com le président sortant aurait confié un jour à l’un de ses proches qu’ «il était fatigué du pouvoir, et d’entendre dans ses oreilles à longueur de journées les contestations des opposants,»  « le fauteuil présidentiel est-il la seule finalité quand on s’engage en politique ? Les cimetières sont remplis de chefs d’Etats qui se croyaient indispensables à leur pays. Je voudrais me conformer à la volonté des togolais qui souhaitent à 85% la limitation du mandat présidentiel à dix ans. Je préfère terminer ma carrière dans l’action humanitaire internationale.  » aurait-il ajouté. Belle reconversion, observera-t-on. Voilà qui confirme qu’il y a une vie après la présidence ! Rappelons aussi que Faure Gnassinbgé 49 ans, est arrivé à la tête du Togo en 2005 dans la contestation. C’est après le décès de son père, l’ex-président togolais Eyadèma Gnassinbgé. Réélu en 2010, il a continué à faire l’objet de contestation dans le pays, notamment de l’opposition qui lui a prêté, jusqu’ à hier soir, l’intention de « vouloir mourir au pouvoir comme son défunt père.» Notons que c’est la première fois en Afrique qu’un président en exercice et en course pour sa propre succession, retire sa candidature de la présidentielle. Il le fait alors que la Constitution togolaise du 14 octobre 1992 (amendée en 2002 par l’Assemblée nationale acquise à l’ex-président Eyadéma) lui permet de se représenter indéfiniment. Il continuera néanmoins, d’assumer les charges de président de la République jusqu’à l’entrée en fonction de son successeur. Les partenaires du Togo devront prendre en compte cette nouvelle donne, pour ne plus reclasser ce pays ouest-africain dans la catégorie de ceux ne respectant pas les normes standards démocratiques.

A.H

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J'ai longtemps travaillé comme journaliste dans plusieurs rédactions de presse écrite (Golf Info), de radio (Nostalgie, Légend FM) et d’agences, à Lomé.
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