Harmattan arrive, on t’attend !

Capture d’écran de la météo sur la chaîne LCF

Capture d’écran de la météo sur la chaîne LCF

Vers la fin de chaque année, il y a un « petit » phénomène qui arrive ici et (s’il ne laisse pas indifférent) me perturbe : l’harmattan.

Tous les enfants qui ont fait ou font école au Togo l’écrivent. Cela, à partir du Cours élémentaire CE1 dans leur cahier d’« Histo-Géo.» Avec une écriture appliquée, écoliers et écolières couchent sur les lignes et interlignes, cette leçon classique :

  • «Géographie:Les éléments du climat : les vents.

    Retenons : Le vent, c’est de l’air en mouvement. L’harmattan et la mousson sont les deux vents qui soufflent au Togo.
    L’harmattan est un vent froid, sec et poussiéreux qui souffle du nord vers le sud. Ce vent apporte la sécheresse… »

Harmattan qui es-tu pour m’avoir donné et se prépare une fois de plus, à me donner du souci en cette fin d’année ? Est-ce toi qu’ « Armand attend » ou tu es « Jonathan » comme le crie un petit neveu. Qui es-tu donc pour m’avoir valu il y a des lustres trois fessées, juste pour avoir omis un « s » final dans un devoir sur toi ? Ouillle aïïïe laaa… maître Amouzou ! Aujourd’hui, on ne donne plus le coup de bâton (comme à notre époque). Mais c’est sûr, toi et ta copine la mousson , allez encore donner du fil à retordre aux élèves des CE et CM. Je ne peux pas dire vraiment que je te déteste, mais tu m’intrigues tous les ans. A cause de toi, je dois encore « aller sur le net » malgré cette connexion que même une tortue dépasse. Que n’ai-je pas utilisé ? L’ADSL, la clé 3G ; la 4G (?), la Hélim, la Togocel je ne sais plus. Rien n’y a fait. Le mondoblogeur Eteh Adzimahe se demandait il y a deux mois, s’il fallait « dire un requiem pour la connexion Internet au Togo » ? Je crois que le requiem est fini et qu’on est en pleine sortie de deuil ! Internet existe-t-il encore au Togo ? Avec ce débit, je crois que je vais bientôt jeter l’éponge pour l’aventure Mondoblog. Nous voici donc sur Google et cherchons harmattan.
Pour résumer, deux centres atmosphériques se partagent l’espace au-dessus de l’Afrique. Aux latitudes subtropicales, des centres de hautes pressions ou Anticyclone (A) et aux latitudes équatoriales des centres de basses pressions ou Dépression (D). Des vents réguliers, les alizés, soufflent des hautes pressions vers les basses pressions. Les alizés du Nord-Est, secs et chauds constituent l’harmattan. Les alizés du Sud-Ouest chauds et humides forment la mousson. La zone de rencontre entre la mousson et l’harmattan est le Front Intertropical ou FIT. Ce FIT est dévié par la force de Coriolis à droite dans l’hémisphère nord. Et c’est cela avec le mouvement apparent du soleil, qui détermine l’alternance des saisons sèches dans la zone intertropicale etdonc l’harmattan.

Capture d’écran de la météo avec le FIT le long de l’Afrique de l’ouest

Capture d’écran de la météo avec le FIT le long de l’Afrique de l’ouest

Il y a quelques années, neuf ou dix, Harmattan tu survenais vers la mi-novembre. Juste après la dernière pluie de la petite saison pluvieuse de septembre à octobre. Et le lendemain d’après cet orage, vers 3 heures du matin, tu pointais ton nez en léchant les nôtres, en les fragilisant. Puis tu nous réveillais par une légère brise fraîche, froide qui nous transperçait le visage, le corps et puis les os. La température descendait même à 16° Celsius. Tu nous apportais « l’hiver » cadeau, sans qu’on aille au Consulat de France, Avenue Général de Gaulle ; pour une demande de visa court séjour. Sans qu’on vive les tracasseries et le stress des formalités de voyage pour l’espace Schengen.
Mais depuis trois ans, Harmattan tu ne viens qu’en décembre, en janvier voire en février comme cette année. Et au lieu de nous apporter la fraîcheur, tu nous rapportes la « chaudeur.» Peut-être que je me trompe, mais est-ce cela les « changements climatiques ?» Ou l’«effet de serre, » qui nous cuit, serre le cou et les poumons jusqu’à nous étouffer ?
Harmattan, je t’aime bien parce que tu mets la « clim » gratuitement dans nos chambres la nuit. Grâce à toi, on peut rattraper la lessive dans la soirée car tu sèches le linge dans la nuit, « propre !» Mais ces dernières années, je crois que tu exagères. Tu en abuses même. A cause de toi les chambranles se gonflent, les portes se dégonflent, les paumelles crissent et les clés se coincent. Les tableaux se fissurent tandis que les meubles explosent littéralement. Les plantes, les fleurs sont défleuries et les arbres entrent en défeuillaison. Tu assèches les cours d’eau, dessèches les routes latéritiques qui inondent à leur tour, tout de poussière. Des marchandises en passant par les literies, les habits, la nourriture, les livres… tout est recouvert jusque dans les moindres interstices, par cette impertinente fine poudre jaunâtre de sable saharien. À chaque passage d’automobile, c’est la « Croisière jaune.» La visibilité est réduite souvent à moins de dix mètres, avec ta brume sèche.
Harmattan, toi seul tu nous apportes la poussière, le rhume, la grippe, la toux. Mais comme si cela ne te suffit pas, tu ramènes aussi la méningite, le choléra, et qui sait le tristement ebola (?) Que t’avons-nous fait ? Quelle faute l’Afrique de l’Ouest a-t-elle commise envers toi ? Il paraît que tu cours jusqu’en Afrique Centrale. Non, c’est trop. Nous qui pensons oublier avec ta venue, ta copine la mousson et ses scènes d’inondations. Doit-on la préférer avec sa cohorte de moustiques à toi ? Je ne sais vraiment plus. Un proverbe de chez nous dit : « Vendre le voleur, pour acheter le sorcier.» Du mauvais au pire donc.

Scène d’inondation à Lomé en 2013 (Photo : A. Honyiglo)

Scène d’inondation à Lomé en 2013 (Photo : A. Honyiglo)

Tu transformes les nez en papier mouillé, à force de se moucher toutes les 47 secondes. Tu nous « blanchis » nous faisant ressembler à des enfants de meunier. Ton vent sec gonfle les boubous des hommes comme s’ils voulaient faire du parapente. Tu vas jusqu’à soulever les boubous en bazin riche des femmes ! Wallaï, « Sacrilège à Mandali. »* Tu malmènes leur belles peaux, les tortures, asséchant les grasses et fendillant les sèches. Les lèvres sont pâles comme celles d’un ancien buveur de Sodabi**. Les ongles cassent, les yeux deviennent rouges. Même les hommes pas très prompts à flirter avec les produits cosmétiques sortent eux aussi les armes anti-harmattan (AAH) : brillants, baumes, crèmes, pommades, beurre de karité… Moi qui voulais rester le dernier Togolais à n’avoir jamais utilisé le célèbre « Victago », je crois que je vais aussi m’y mettre cette année, en ce mois de décembre même.
En tout cas, « Qui veut la paix, prépare la guerre, » « On ne montre pas à son adversaire, la pierre qu’on va lui jeter etc.,» mais Harmattan, une info pour toi. Saches que cette année, je me suis préparé, me suis doté. J’ai acquis moi aussi des AAH et n’a pas peur de te les montrer. Ce sont : mes boîtes de « Victago »

Le baume n°1 des Togolais (Photo : A. Honyiglo)

Le baume n°1 des Togolais (Photo : A. Honyiglo)

… et les irremplaçables paquets de papier-mouchoirs.

Qu’est-ce que tu croyais ? Harmattan arrive vite, je t’attends !

* « Sacrilège à Mandali«  : Roman de Adovi John Bosco Adotevi (Togo)
**Sodabi : eau-de-vie forte du Togo, obtenue par distillation du vin de palme, lui-même tirée du palmier à huile

A.H

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aristideshonyiglo
J'ai longtemps travaillé comme journaliste dans plusieurs rédactions de presse écrite (Golf Info), de radio (Nostalgie, Légend FM) et d’agences, à Lomé.
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4 Commentaires

  1. Il est clair que de nos jours, l’harmattan ne s’arme plus à temps (arme à temps). Mais c’est un plaisir d’en lire les plus beaux souvenirs avec des mots simples et parfois même tintés d’un humour basique. A faire lire aux moins jeunes, aux jeunes et aux plus jeunes…

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